L’abandon de poste assimilé à une démission, la hausse du forfait social sur les ruptures conventionnelles, la dégressivité liée à la conjoncture : le régime d’assurance chômage applicable en 2026 redistribue les cartes. Tous les licenciements ouvrent-ils encore droit à l’ARE ? La réponse technique est non, et les cas d’exclusion se sont élargis.
Abandon de poste et présomption de démission : le piège principal depuis 2023
Depuis fin 2023, l’abandon de poste est assimilé à une démission. Le salarié qui cesse de se présenter sans justification et ne reprend pas son poste après mise en demeure de l’employeur est réputé démissionnaire. Cette présomption légale produit un effet direct : pas d’ouverture de droits à l’ARE.
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Avant cette réforme, l’employeur qui licenciait pour abandon de poste prononçait un licenciement disciplinaire (faute grave). Le salarié perdait ses indemnités de licenciement mais conservait le bénéfice du chômage, puisque la rupture restait involontaire au sens de l’assurance chômage. Ce mécanisme n’existe plus.
La seule échappatoire consiste à faire requalifier la situation en « démission légitime », par exemple pour manquements graves de l’employeur (non-paiement de salaire, harcèlement documenté). Nous observons que cette requalification reste difficile à obtenir sans éléments probants solides transmis à France Travail.
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Démission non légitime et licenciement : la frontière qui change les droits au chômage
Le principe reste clair : seule la perte involontaire d’emploi ouvre droit à l’allocation chômage. Un salarié qui démissionne sans motif reconnu comme légitime par la réglementation ne touche rien, sauf à justifier de cinq années d’affiliation continue et à présenter un projet de reconversion validé par une commission paritaire.
Ce que les articles grand public omettent souvent, c’est la zone grise entre démission et licenciement pour faute lourde. Le licenciement pour faute grave ou pour faute lourde ouvre droit au chômage. La privation porte sur l’indemnité de licenciement et l’indemnité compensatrice de préavis, pas sur l’ARE. La confusion entre indemnités de rupture et allocations chômage reste la première source d’erreur.
Faute grave, faute lourde : indemnisé par France Travail, pas par l’employeur
Un licenciement pour faute grave supprime le droit à l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement et au préavis. Un licenciement pour faute lourde (intention de nuire caractérisée) supprime en plus l’indemnité compensatrice de congés payés dans certains cas historiques, même si la jurisprudence récente a rétabli ce droit.
Dans les deux cas, le salarié remplit la condition de privation involontaire d’emploi. Il peut donc s’inscrire à France Travail et percevoir l’ARE, sous réserve de remplir les conditions d’affiliation :
- Justifier d’au moins six mois de travail (130 jours ou 910 heures) au cours des 24 derniers mois, ou 36 mois pour les salariés de 55 ans et plus
- Être inscrit comme demandeur d’emploi dans les délais requis
- Ne pas avoir atteint l’âge légal de départ à la retraite avec le nombre de trimestres suffisant
- Rechercher activement un emploi ou suivre une formation validée
Rupture conventionnelle en 2026 : droit au chômage maintenu, mais durée d’indemnisation réduite
La rupture conventionnelle ouvre toujours droit à l’ARE. Nous recommandons toutefois de ne pas la considérer comme un dispositif « neutre » en 2026. Deux changements majeurs modifient l’équation.
Côté employeur, la contribution spécifique patronale est passée de 30 % à 40 % depuis le 1er janvier 2026. Ce surcoût pousse certaines entreprises à orienter la séparation vers un licenciement pour motif personnel ou économique, ce qui modifie le calcul du différé d’indemnisation et potentiellement la durée des droits.
Avenant du 25 février 2026 et ses conséquences sur la durée ARE
La loi du 11 juin 2026 transposant l’avenant n° 3 du 25 février 2026 crée une distinction entre licenciés économiques et autres cas de rupture. Les salariés ayant quitté leur emploi via une rupture conventionnelle subissent désormais une durée d’indemnisation potentiellement inférieure à celle d’un licenciement économique, à ancienneté et salaire identiques.
Ce mécanisme n’existait pas avant. Il signifie qu’un salarié qui négocie une rupture conventionnelle en pensant bénéficier des mêmes droits qu’un licencié économique se retrouve avec une couverture raccourcie. Le droit « d’ouvrir » l’ARE reste acquis, mais la durée effective d’indemnisation a baissé.
Dégressivité conjoncturelle : un même licenciement, deux durées d’indemnisation différentes
La réforme entrée en vigueur au 1er décembre 2024 a instauré un mécanisme de dégressivité automatique de la durée des droits indexée sur l’état du marché de l’emploi. Quand la conjoncture est jugée « dynamique » selon les indicateurs retenus, la durée maximale d’indemnisation diminue.
En pratique, deux salariés licenciés dans les mêmes conditions contractuelles mais à des moments différents de l’année peuvent ne pas bénéficier de la même durée de versement. Ce n’est pas le type de licenciement qui change, c’est la durée effective du droit. Pour un salarié qui planifie une sortie négociée, le calendrier de la rupture devient un paramètre à intégrer.

Récapitulatif : quel licenciement prive réellement de chômage en 2026
La réponse tient en peu de lignes. Aucun licenciement stricto sensu ne prive de droit au chômage, que la faute soit simple, grave ou lourde. Ce qui prive de l’ARE, c’est la requalification en démission :
- Abandon de poste non justifié, désormais assimilé à une démission par présomption légale
- Démission volontaire sans motif légitime reconnu (liste limitative fixée par la réglementation)
- Refus de deux offres raisonnables d’emploi après un licenciement économique dans le cadre du contrat de sécurisation professionnelle, ce qui entraîne une radiation
La nuance à retenir pour 2026 porte moins sur l’ouverture du droit que sur sa durée et son montant. Entre la dégressivité conjoncturelle, le différé spécifique à la rupture conventionnelle et la distinction introduite par l’avenant de février 2026, le même « droit au chômage » recouvre des réalités financières très différentes selon le mode de rupture choisi.

