L’enregistrement officiel du premier logo remonte à 1876, année où Bass Brewery dépose son triangle rouge au Royaume-Uni. Pourtant, les potiers grecs gravaient déjà leur signature sur l’argile des siècles auparavant. L’attribution du titre de « première marque » échappe donc à une chronologie linéaire.
Oubliez le mythe de la success story toute tracée : la naissance des marques tient d’un parcours sinueux, fait de lois médiévales, de coups de génie industriels et de bricolages réglementaires. Pendant des siècles, la reconnaissance d’un produit passait autant par l’habileté d’un artisan que par les caprices du législateur. Difficile, dès lors, d’établir une ligne de départ incontestée. Pourtant, chaque étape a fait bouger les lignes, imposant de nouveaux codes, forgeant des règles, bousculant les traditions.
Pourquoi les marques ont-elles émergé dans l’histoire ?
Dès que la concurrence apparaît, la marque devient une arme pour se démarquer. Au cœur du Moyen Âge, les marchés se densifient, les marchandises affluent, chacun cherche à sortir du lot. En 1266, l’Angleterre d’Henri III instaure la « Bakers Marking Law » : chaque boulanger doit apposer sa marque sur ses pains, histoire d’éviter la fraude et d’assurer la traçabilité. Derrière cette règle, une volonté simple : permettre à l’acheteur d’identifier qui fabrique quoi, et surtout de s’assurer que ce qu’il achète correspond bien à la promesse affichée.
Ce besoin de distinction gagne en force avec l’essor des échanges. La marque devient alors le trait d’union entre le producteur et l’acheteur, un signe de reconnaissance autant qu’un gage de régularité. Peu à peu, les textes juridiques s’accumulent pour protéger cette dynamique. Avant même que l’on parle de propriété intellectuelle, la lutte contre la copie s’organise, les lois s’adaptent, la notion de marque prend de l’épaisseur.
Trois raisons majeures expliquent la montée en puissance de la marque :
- Différenciation : se distinguer sur des étals de plus en plus fournis.
- Garantie : offrir un repère fiable et rassurant sur la provenance et la constance du produit.
- Protection : encadrer l’usage du nom, décourager les imitateurs.
À mesure que les marchés s’étendent, que les consommateurs voyagent, que la concurrence s’intensifie, la marque prend une autre dimension. Elle devient un actif, un enjeu juridique, une question de survie. L’histoire du droit des marques, c’est celle d’une course à la reconnaissance et à l’authenticité, portée par les bouleversements économiques et les nouvelles règles du jeu commercial.
Des origines antiques aux premiers enregistrements officiels : la naissance de la notion de marque
Bien avant les brevets et les logos, artisans et commerçants cherchaient déjà à signer leur œuvre. Les potiers grecs gravaient leur nom au dos des amphores, les forgerons romains apposaient leur marque sur briques et lampes à huile. Ces traces, plus proches de la signature que du monopole commercial, posent les jalons d’une histoire plurielle.
Il faut attendre le XIIIe siècle pour voir la législation s’inviter dans le jeu. La « Bakers Marking Law », imposée par Henri III en 1266, marque une rupture : la marque n’est plus seulement preuve d’orgueil ou d’habileté, elle devient obligation réglementaire. L’objectif ? Mieux contrôler la qualité, réduire la fraude, offrir au client une garantie de sérieux.
Mais tout change avec la révolution industrielle. Quand les marchandises traversent les frontières et se multiplient à grande échelle, la nécessité d’une protection plus robuste s’impose. L’enregistrement officiel s’invite alors dans la danse. Quelques dates balisent ce tournant :
- 1859 : PILSNER, en Tchéquie, s’affiche comme la première marque déposée mondialement pour une bière.
- 1870 : Averill Paints fait son entrée dans le registre américain, pionnière du dépôt aux États-Unis.
- 1876 : Bass, la bière britannique, décroche le premier enregistrement officiel au Royaume-Uni.
La marque sort alors de la confidentialité artisanale : elle s’institutionnalise, s’inscrit dans des registres, bénéficie d’une protection reconnue. Les instituts spécialisés voient le jour, les droits s’uniformisent, la marque devient un pilier de l’économie moderne. Un outil de conquête aussi, à mesure que le commerce se mondialise et que la valeur symbolique du signe prend le pas sur la simple fonction d’identification.
Qui peut prétendre au titre de première marque ? Enquête parmi les pionniers
Remonter la piste des premières marques, c’est plonger dans un patchwork d’histoires mêlées. Les juristes d’aujourd’hui s’accordent à reconnaître comme marque tout signe distinctif protégé officiellement. Mais la réalité est bien plus nuancée.
Château Haut-Brion, à Bordeaux, fait souvent figure d’ancêtre. Dès 1521, ce domaine grave son nom sur les tonneaux, puis sur les bouteilles, bien avant que la législation anglaise ne se formalise. Ici, pas de dépôt officiel, mais déjà une envie farouche de se démarquer, de faire reconnaître sa production, d’associer qualité et territoire. La démarche n’est pas anodine : elle annonce le mouvement qui mènera, quelques siècles plus tard, à la codification du droit des marques.
L’arrivée de l’enregistrement change la donne. PILSNER, en 1859, décroche le tout premier dépôt mondial, suivie d’Averill Paints en 1870 (États-Unis) et de la bière Bass en 1876 (Royaume-Uni). Le secteur brassicole, confronté à une explosion de la concurrence, s’impose en précurseur de la protection de marque, bien avant la mode ou le luxe.
Dans ce paysage, Louis Vuitton occupe une place à part. Déposée plus tardivement, la griffe s’est hissée au rang d’icône, portée aujourd’hui par le géant LVMH. L’histoire des marques, c’est aussi celle de l’essor industriel, des mutations du droit et de l’affirmation du capitalisme occidental. Chaque pionnier, à sa manière, a ouvert la voie à une économie où le nom devient valeur, symbole, patrimoine.
L’empreinte culturelle des marques emblématiques au fil des siècles
Réduire la marque à un logo ou à un nom serait passer à côté de sa véritable puissance. Une marque, c’est un morceau d’histoire, parfois de culture populaire. Le rouge éclatant de Coca-Cola évoque bien plus qu’une simple boisson gazeuse : il incarne un imaginaire collectif, du Père Noël à l’idée de mondialisation. IKEA, de son côté, raconte la saga d’une Suède rurale devenue référence en design démocratique. Ingvar Kamprad, en fusionnant ses initiales et le nom de son village natal, donne naissance à une enseigne dont le catalogue, tiré à des millions d’exemplaires, accompagne la vie de générations entières.
Adidas et Puma, fruits de la rivalité entre les frères Dassler, montrent la capacité d’une marque à façonner l’univers du sport, des stades aux rues. Nike, baptisée en hommage à la déesse grecque de la victoire, érige son swoosh en emblème du dépassement de soi, transformant le marketing en art de vivre.
Quelques exemples illustrent cette empreinte indélébile :
- LEGO, synonyme d’enfance inventive, de la menuiserie artisanale au plastique modulable.
- Apple, qui prône la réinvention permanente, à la croisée de la technologie et du récit.
- Amazon, incarnation de la profusion et du service instantané, du livre aux objets du quotidien.
Chaque marque façonne son époque, imprime ses codes dans la langue et les usages. Du swoosh de Nike aux meubles IKEA, la marque n’est pas qu’un acteur économique : elle devient repère, mémoire, parfois même mythe. Sa trace ne s’efface pas. Et si le futur appartient à d’autres noms, l’histoire retiendra toujours ceux qui ont su marquer leur temps, bien au-delà du simple commerce.


